Voici donc le troisième temps de la polémique sur la politique sécuritaire de l'exécutif, vue à travers les sondages. Ce sondage, réalisé une semaine après les précédents, a été fait à nouveau par CSA, mais cette fois pour Marianne, et avec un élargissement du débat par rapport aux questions qui se sont posées jusqu'ici.
Vous pouvez voir le détail de ce sondage sous forme de tableaux sur notre page Sécurité.
Un tableau négatif de la politique de sécurité de la droite
Ainsi, ce sondage nous apprend que 69% des français jugent plutôt inefficace la politique de sécurité intérieure depuis 8 années, c'est-à-dire depuis 2002. 27% la jugent plutôt efficace. Les sympathisants de droite sont plus divisés que l'ensemble de la population, trouvant à 45% que cette politique est efficace, contre 53% inefficace. Les sympathisants de gauche sont globalement sur la même ligne que l'ensemble des français, 72% jugeant la politique sécuritaire inefficace, 25% efficace.
Sur les points précis des questions sécuritaires, les atteintes aux biens sont le domaine pour lequel l'action sécuritaire est jugée la plus efficace, mais seulement pour 32% des répondants. Suivent les atteintes aux personnes (27%), la délinquance financière (18%) et les violences urbaines (18%). Les sympathisants de droite continuent à être plus positifs que l'ensemble de la population, sans pour autant trouver majoritairement efficace l'action du gouvernement dans aucun de ces domaines.
La société et la politique de sécurité d'avantage mise en cause que l'immigration
Interrogée sur les causes possibles de l'augmentation de la délinquance ces dernières années, 73% mettent en avant les inégalités sociales devant la suppression de la police de proximité (68%), l'incivilité des citoyens (68%) et la réduction du nombre de policier (66%) et bien avant l'immigration (47%, contre 49% qui jugent qu'elle n'a plutôt pas contribué à l'augmentation de la délinquance).
Le diagnostic sur la responsabilité de l'insécurité est cependant encore différent entre les sympathisants de gauche et de droite. Pour les sympathisants de droite, toutes ces causes sont relativement également impliquées dans les problèmes sécuritaires, avec une mention pour l'incivilité des citoyens (71%), alors qu'ils ne jugent "que" à 61% que l'immigration y a contribué. Pour les sympathisants de gauche, sans surprise, les inégalités sociales sont montrées du doigt (81%), ainsi que la suppression de police de proximité (78%), laquelle police de proximité était la principale mesure de sécurité de gauche des années Jospin. 33% des sympathisants de gauche estiment que l'immigration a contribué à la dégradation de la situation, ce qui est le seul point où il y a véritablement une opposition avec les sympathisants de droite.
Les sondés divisés devant l'idée de retrait de la nationalité
CSA en vient finalement à l'une des mesures polémiques proposées par Nicolas Sarkozy: le retrait de la nationalité pour les personnes d'origine étrangère ayant volontairement porté atteinte à la vie d'un membre des forces de l'ordre ou d'autres crimes graves. Au lieu de demander simplement aux sondés s'ils sont "favorables" ou "opposés" à la mesure, comme le fait Ifop, ou de leur demander s'ils la trouvent "efficace" ou "nécessaire", comme lors du premier sondage CSA, les sondés se voient ici proposer un argumentaire en faveur de la proposition et à un argumentaire en défaveur de celle-ci.
Ainsi, 51% des français se disent défavorables à la mesure parce que "tous les Français doivent être égaux devant la loi quelle que soit leur origine", tandis que 46% se disent favorables parce que "l’acquisition de la nationalité doit être remise en cause en cas d’acte grave". Une courte majorité en défaveur de la proposition, donc.
Dans ce sondage, la séparation se fait au niveau idéologique: les sympathisants de gauche sont très majoritairement défavorables à la mesure (à 63%), alors que les sympathisants de droite sont très majoritairement favorables (à 69%).
Ensuite, sur la question de la nationalité, 66% des sondés estiment qu'une personne qui s'exile pour ne pas payer d'impôts en France ne mérite pas la nationalité française. Une opinion partagée quel que soit le bord politique des sondés.
Enfin, 75% des Français sont d'accord pour dire que les Français d'origine étrangère sont des "Français à part entière". Pourcentage qui monte à 83% chez les sympathisants de gauche, et descend à 70% chez les sympathisants de droite.
Un sondage imparfait également
Est-ce le dernier mot des instituts de sondages sur cette question? Je ne sais pas, et je ne crois pas que ce sondage, qui contredit certes largement les résultats de l'Ifop, doit conduire à jeter aux orties ces résultats très favorables. Car si le sondage de l'Ifop souffre de plusieurs problèmes, exposés dans cet intéressant article de rue89, mais dont on ne peut malheureusement mesurer l'importance, ce dernier sondage de CSA n'est pas parfait non plus.
En effet, l'une des choses délicates pour le créateur de sondages est l'ordre dans lequel les questions sont posées aux sondés. Ici, si l'on suppose que les questions ont bien été exprimées dans l'ordre présenté dans le rapport du sondage, cela veut dire que le sondage commence par une question sur le bilan de la droite en matière de sécurité (et non pas le bilan de tous les gouvernements de droite ou de gauche sur la question depuis plusieurs décennies, ce qui aurait pu être plus neutre). Ce parti pris de CSA ferait se rappeler aux sondés leur propre sentiments négatifs devant la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy. Il est possible que cela conduise plus de sondés à être moins indulgents face à une proposition de l'exécutif dans ce domaine.
L'effet de l'ordre des questions sur les résultats d'un sondage est bien connu et était apparu dans certains débats aux États-Unis ces dernières années (par exemple en 2009 dans le débat sur la réforme de la Santé, voir également cet intéressante démonstration du phénomène, en anglais), et peut avoir des conséquences dramatiques en terme de résultats.
Bien sûr, si on peut supposer que l'ordre des questions est bien celui affiché dans le sondage, ce n'est pas vraiment certain. Dans l'attente d'une confirmation de CSA sur l'ordre des questions posées, on pourra accorder le bénéfice du doute à l'institut de sondage.
Un autre problème est que lorsque CSA demande aux sondés quelles sont les éléments qui ont contribué à l'augmentation de la délinquance ces dernières années, ils font passer de manière plus ou moins subliminale une information qui est que la délinquance aurait augmenté! Pourtant, si les affirmations du Ministère de l'Intérieur depuis 2002, selon lesquelles la délinquance est en recul, sont sujettes à débat, on voit ici l'institut prendre parti et conforter le sondé dans le tableau négatif qu'il se ferait de la politique de sécurité du gouvernement.
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"L'Opinion des Français sur la Politique de Sécurité Intérieure" - Sondage réalisé par CSA pour Marianne. Enquête réalisée par téléphone le 11 août 2010 avec un échantillon de 1021 personnes. Marge d'erreur: environ 3,1%. (Source)